“Being an artist means,
not reckoning and counting, but ripening
like the tree
which does not force its sap
and stands confident
in the storms of spring, without the fear
that after them may come no summer.”
— Rainer Maria Rilke
Let me be your wildflower
I felt it in my heart, one fine morning of spring, whilst I wished I was somewhere else, doing something important in some ways, I felt that perhaps I could let You in (…)
I felt it in my heart,
One fine morning of spring
Whilst I wished I was somewhere else,
Doing something important in some ways,
I felt that perhaps I could let You in,
For once,
Stay still,
Have the windows wide open
And remember,
What it feels like to have a Father
I can take by the hand and trust
To climb mountains,
To cross rivers,
To climb trees,
And to whisper amongst the branches…
I promise You.
Not to worry so much about these things,
To think only of Your peace,
Or as they would say here, Your justice.
I promise
To be Your wildflower, Lord
Gentle,
And loving,
Swiftly gone
If you will,
Just say the word
Or send Your wind.
I promise
To serve,
And think only of this:
To see them happy,
To get tired
So they may be free.
I promise
To become your refuge,
Your garden of quiet and beauty
So that You may know
That you can rest in me.
Let me be Your wildflower, Lord
And I promise to spend the rest of my days
Alone,
Making you feel in my heart
Like at home. —
Jour 1
Levée à 8h. J’ai 10€ par semaine jusqu’à la fin du mois pour acheter de l’eau, du pain et du papier toilette. Mon stylo plume n’a plus d’encre. Et pourtant, rien n’arrive à me faire paniquer cette fois. Ce matin, la seule chose qui me préoccupait était de comprendre ce qui pourrait encore m’empêcher de me mettre au travail.
Levée à 8h. J’ai 10€ par semaine jusqu’à la fin du mois pour acheter de l’eau, du pain et du papier toilette. Mon stylo plume n’a plus d’encre. Et pourtant, rien n’arrive à me faire paniquer cette fois. Ce matin, la seule chose qui me préoccupait était de comprendre ce qui pourrait encore m’empêcher de me mettre au travail.
Qu’est-ce qui occupe mon silence, ce silence précieux où Dieu chuchote, où Il chante à l’âme? Qu’est-ce qui m’empêche de l’entendre?
Je connais mes faiblesses. Alors j’ai débranché la télé, je l’ai mis sous la table et l’ai couvert d’une nappe. À sa place, j’ai installé mes livres, qui traînaient un peu partout dans la maison, sous les meubles, sous les pots de fleurs, au coin de la chambre… J’ai allumé une bougie, j’ai éliminé Pinterest, où je passais des heures à avaler des images de vêtements qui devaient m’aider à découvrir mon authentic self. Mais je crois que j’ai enfin compris. Je ne veux pas me sentir “moi”. Il y a déjà assez de moi-même dans ma vie. Je veux me sentir Sienne.
Personne ne peut savoir ce que je suis en train de faire. Ils me prendraient pour une folle.
Mais je ne reviendrai pas en arrière. Je suis plus pauvre que je n’ai jamais été mais je suis repentie. J’ai enfin trouvé ce pour quoi je suis née, et le sourire aux lèvres, cette fois je te dis Seigneur: Hineni.¹
¹ : 1 Samuel 3. — Hineni : C’est la réponse de Samuel à l’Éternel. (הִנְנִי) signifie “Me voici”.
Enivrez-vous
Il faut être toujours ivre. Tout est là: c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrez sans trêve. Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
“Il faut être toujours ivre. Tout est là: c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrez sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelques fois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : “il est l’heure de s’enivrer! Pour n’être pas les esclaves martyrisés de Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.”
— Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris (Petits Poèmes en Prose), 1869.
El vent de Catalunya
Si porta missatges, no cal paraules. puc entendre. Quelcom dins de mi parla la mateixa llengua. Hi ha dies que tinc dubtes (…)
Si porta missatges,
no cal paraules.
Puc entendre.
Quelcom dins de mi
parla la mateixa llengua.
Hi ha dies que tinc dubtes:
quan miro les muntanyes,
tan lluny com les pugui veure,
penso:
Existeix un vent més enllà?
Si de cas,
existeixo jo,
sense aquesta brisa?
Silenci.
I l’ànima morta
vol fugir del seu cos.
Tot el que vaig intentar
per ser vent
m’ha decebut.
Pero m’ha portat
ara
i aquí.
I és magnífic.
Peró el paisatge també fa silenci.
L’única resposta:
a sota, als camps,
els brins d’herba,
imperceptiblement,
es mouen. —
La cour des miracles
“Va, va, ‘faut pas qu’y te voient parler avec moi! Va!” Le turc est assis sur la rambarde, il finit une cigarette en me poussant gentiment du pied. Il n’y a personne dans le parc (…)
29 août 2026 — Parc de la Sagrada Família, Barcelone.
“Va, va, ‘faut pas qu’ils te voient parler avec moi! Va!”
Le turc est assis sur la rambarde, il finit une cigarette en me poussant gentiment du pied. Il n’y a personne dans le parc, je veux dire: aucun de ces vendeurs ambulants qui étalent leurs marchandises sur des draps blancs et sont aux aguets, prêts à tirer d’un coup sur la corde si besoin et à partir en courant. J’ai bien reconnu quelques visages en arrivant mais tout le monde lève le nez, mains dans les poches, marchandises dans les buissons. Ils se dispersent, se fondent dans la masse et attendent que la police s’en aille. Même la gitane s’est levée. Il va falloir s’adapter.
La cour des miracles, c’était ce quartier de Paris aux XVème et XVIème siècle où vivaient les mendiants, les prostituées, les crève-la-faim et les voleurs. De jour, ils partaient dans les faubourgs, infirmes, aveugles, provoquant la pitié pour un sou et mendiant au nom de la charité chrétienne. Puis le soir, ils rentraient dans leurs quartiers, et recouvraient miraculeusement la vue ou l’usage de leurs membres. D’où le nom de “Cour des miracles”. Je ne pensais pas qu’elle existait encore.
Le roi de Thunes, ce serait ce turc, qui m’a pris sous son aile depuis mon arrivée. Je ne vends pas les mêmes choses, moi, j’installe mon chevalet et je peins. Mais il est vrai que les premières fois, j’avais peur qu’un de ces vendeurs ne se dispute avec moi pour marquer son territoire. Rien de tout ça. J’ai découvert une solidarité étonnante entre eux. Et au fil des semaines, beaucoup sont venus jeter un œil à ma petite mallette de peinture, transformée en boutique d’art miniature.
Comme la marquise des anges¹, je suis l’une des leurs maintenant. Ça ne me dérange pas. Je me suis faite à l’idée. C’est la vie d’artiste que j’ai choisi. Ils sont peut-être un peu bourrus vus de l’extérieur et légèrement menteurs, mais je préfère encore leur compagnie à ceux qui, en costume dans les bureaux veulent faire croire, eux, qu’ils ne sont pas des voleurs. —
¹ : Angélique, marquise des anges, une série de romans historiques écrits par Anne et Serge Golon (1956). Adaptés en film à partir des années 60.
œdipe, non
Si petite et si amoureuse, déjà. Mais ce n’était pas vraiment lui, n’est-ce pas? Ni tous les autres après. C’était un autre que j’aimais. L’homme qui m’a appris à surmonter, une à une, toutes mes peurs. Celui que j’ai le plus chéri, le plus attendu, le plus pardonné. Le héros de tous mes récits. (…)
18/08/26 —
En faisant mon lit ce matin, j’ai vu que mon affiche s’était décrochée. J’ai tiré sur le dernier coin encore au mur et la punaise est tombée. J’ai vu la punaise. Je veux dire: je l’ai regardée rebondir puis rouler en pensant “ne marche pas dessus”. Et d’un coup j’ai revu Pascal. Le professeur. J’ai revu l’école, les bois, les arbres, les montagnes. Le dernier jour de la semaine, tôt le matin, on avait le droit de regarder des dessins animés. On commençait par ça. On était douze élèves au total. C’était l’école en haute montagne, c’était Pascal.
C’est dur d’imaginer que tous les grands auteurs, les artistes, avec leurs mots si vastes et leurs cheveux blancs, ont tous un souvenir comme celui-là qu’ils gardent jalousement. Un espace et un temps où tout allait bien, où tout était encore insouciant.
C’est une dangereuse chose que de vouloir y retourner.
Mais la punaise m’a pris au dépourvu. En disant ces mots dans ma tête “ne marche pas dessus”, j’ai revu Pascal tirer sur la chaussette et donner son diagnostic: tout ira bien. Mais attention aux punaises en marchant pieds nus. J’ai essuyé mes larmes, juste pour lui et il a souri.
Si petite et si amoureuse, déjà. Mais ce n’était pas vraiment Pascal, n’est-ce pas? Ni tous les autres après. C’était un autre que j’aimais. L’homme qui m’a appris à surmonter, une à une, toutes mes peurs. Celui que j’ai le plus chéri au monde, le plus pardonné, le plus attendu. Le héros de tous mes récits. Tous les visages que j’ai caressé depuis, toutes les figures masculines que j’ai voulu séduire… c’était pour lui. Faire sentir ma mère toute petite à côté, lui montrer de toutes les manières possibles: il y a un monde entre lui et moi, et ce monde qui n’appartient qu’à nous.
Tous mes chemins, tout ce temps… Toutes mes erreurs, tous mes crimes… Par amour pour lui.
Mais maintenant, si mon père n’est plus le Dieu de ma vie… ? —
Déjame ser tu flor silvestre
Lo sentí, una hermosa mañana de primavera, mientras soñaba con estar en otro lugar, con hacer algo importante. Sentí que quizá podría dejarte entrar, por una vez (…)
Lo sentí,
una hermosa mañana de primavera,
mientras soñaba con estar en otro lugar,
con hacer algo importante.
Sentí que quizá podría dejarte entrar,
Por una vez,
quedarme tranquila,
dejar las ventanas bien abiertas
y recordar…
Lo que se siente al tener un Padre
al que pueda coger de la mano
y en el que pueda confiar,
para escalar montañas,
cruzar ríos,
trepar a los árboles
y susurrar entre las ramas…
Te lo prometo.
Que ya no les daré importancia
A esas cosas que desaparecen.
Que solo pensaré en tu paz,
O como dirían aquí, en tu justicia.
Te prometo.
Ser tu pequeña flor silvestre, Padre,
dulce,
amable,
que desaparecerá en un suspiro,
si así lo quiere tu viento.
Te prometo
servir,
y pensar solo en esto:
verlos felices,
cansarme
para que ellos puedan ser libres.
Te prometo
convertirme en tu refugio, tu hogar,
para que sepas que en mí,
puedes descansar.
Déjame ser tu flor silvestre, Abbá,
y te prometo dedicar el resto de mis días
haciéndote sentir en mi corazón
como en casa. —
Je veux être ta fleur sauvage
Je l'ai senti, par un beau matin de printemps, alors que je rêvais d'être ailleurs, de faire quelque chose d'important; j'ai senti que peut-être, je pourrais Te laisser entrer, pour une fois (…)
Je l'ai senti,
Par un beau matin de printemps,
Alors que je rêvais d'être ailleurs,
De faire quelque chose d'important;
J'ai senti que peut-être, je pourrais Te laisser entrer,
Pour une fois,
Rester tranquille,
Ouvrir les fenêtres
Et me souvenir
De ce que ça fait d'avoir un Père,
À qui je peux tout confier;
Gravir les montagnes,
Traverser les rivières,
Avoir confiance,
Grimper aux arbres,
Et murmurer entre les branches…
Je Te promets.
De ne plus leur accorder d'importance
À ces choses qui disparaissent,
De ne penser qu'à ta justice,
Ou comme on dirait ici, ta paix.
Je Te promets
D'être ta petite fleur sauvage, mon Père,
Douce,
Aimante,
Disparue en un souffle, si tu le souhaites.
Envoie juste le vent,
Et pour ta gloire,
Je me laisserai disparaître.
Je Te promets
De servir,
Et de ne plus rêver que de ceci :
Les voir heureux, eux,
Les voir libres;
De me fatiguer,
Pour qu'eux se reposent et t'admirent.
Je Te promets
De devenir ton refuge, ton foyer,
Pour que Tu saches qu’en moi,
Tu peux te reposer.
Laisse-moi être ta fleur sauvage,
Et je te promets de consacrer le reste de mes jours
À te faire sentir dans mon cœur
Comme chez toi, Seigneur. —
♡
Maiden no more
‘(…) common-sense had illumined her. She felt that she would do well to be useful again — to taste anew sweet independence at any price. The past was past; whatever it had been, it was no more at hand. (…)
‘(…) common-sense had illumined her. She felt that she would do well to be useful again — to taste anew sweet independence at any price. The past was past; whatever it had been, it was no more at hand. Whatever its consequences, time would close over them; they would all in a few years be as if they had never been, and she herself grassed down and forgotten. Meanwhile the trees were just as green as before; the birds sang and the sun shone as clearly now as ever. The familiar surroundings had not darken because of her grief, nor sickened because of her pain. She might have seen that what had bowed her head so profoundly — the thought of the world’s concern at her situation — was founded on an illusion. She was not an existence, an experience, a passion, a structure of sensations, to anybody but herself. To all humankind besides Tess was only a passing thought. Even to friends she was no more than a frequently passing thought. If she made herself miserable the livelong night and day it was only this much to them — ‘Ah, she makes herself unhappy.’ If she tried to be cheerful, to dismiss all care, to take pleasure in the daylight, the flowers, she could only be this to them ‘Ah, she bears it very well.’ Alone in a desert island would she have been wretched at what had happened to her? Not greatly. (…) Most of the misery had been generated by her conventional aspect, and not by her innate sensations.’
Thomas Hardy, Tess of the d’Urbervilles, 1891.
I am
I am, as a tree is, at sunset, a golden stream. In the depths of doubt, a rock without shield (…)
I am
As a tree is
At sunset,
A golden stream.
In the depths of doubt
A rock without shield
I am
The space in between
A warrior in spirit
A thousand years-old
An ever looking soul
I am
Only to be found
In the quiet and the now
And when I look for myself
In pain, hurry or blind
I know that coming back
To where I stand now,
Forever more
I am who I am. —
Personne ne veut parler de la guerre
Le vent était en train de tourner. C’était mon père qui m’avait appris à faire ça : à lire les ciels de montagne en été. Je le fais toujours, par habitude et parfois, les gens se demandent pourquoi je m’arrête d’un coup et ne dis rien. Je regarde intensément le ciel (…)
Le vent était en train de tourner. C’était mon père qui m’avait appris à faire ça : à lire les ciels de montagne en été. Je le fais toujours, par habitude et parfois, les gens se demandent pourquoi je m’arrête d’un coup et ne dis rien. Je regarde intensément le ciel comme si j’étais en train de lui parler mais en réalité, j’écoute.
La forme des nuages, leur couleur, la vitesse à laquelle ils défilent : il suffit de savoir lire les signes. Tout y est. Et il me semblait clair que la tempête approchait.
Ils ont mis le feu à trois voitures hier soir. Juste au coin de la rue. Et la camionnette du vitrier qui vit en bas de chez moi a été réduite en cendre. En haut, rue I. aussi apparemment.
Mais ce matin encore, on riait avec Ella, il faisait grand soleil et elle avait un arc-en-ciel sur la joue, à cause du cristal de la vitrine; on regardait des robes pour le mariage de son beau-frère, en disant Toscanie, Toscanie d’un air snob… Mais “Toscanie”, tu entends comme ce mot résonne…?
Puis le ciel s’est couvert, pas pour longtemps. Mais devant les poubelles en rentrant, un tas de cartons et au sol, posée juste devant, une mitraillette en plastique, que j’allais prendre en photo parce que je trouvais la coïncidence de la scène curieuse. Les voitures brûlées, la mitraillette. Mais en revenant du supermarché, quelqu’un l’avait remise à sa place dans les cartons, à peine visible. Tu ne trouves pas ça étrange? Que quelqu’un range un jouet à jeter? Je ne suis peut-être pas la seule à l’avoir remarquée.
Je lis un livre sur la guerre civile espagnole, et au tout début, on voit des affiches de propagande de 1936, où on peut lire “Contre le fascisme, inscrivez-vous aux milices de l’UGT”. 1936. En achetant le journal l’autre jour, j'ai bloqué sur la première page: campagne de 1er mai. “Contre les guerres et le fascisme, votez UGT”. 2026.
J’étais sur mon vélo quand j’ai senti les premières gouttes de pluie. Une sur la main, l’autre sur le front. Deux types se disputaient au feu rouge. Et puis j’ai de nouveau eu cette vision, du vieillard qui, à l’aube, en sortant sa poubelle, jetait des coups de pieds sauvages dans un carton. Comment on en arrive à jeter des coups de pieds dans la rue, avant même que la journée n’ait commencé?
À genoux dans l’Église déserte, je suis sur le point de commencer mon service. Tout tourne. Les images vont trop vite. Le soleil, la mer, c’était hier, mais les oiseaux volaient bas, déjà, j’aurais dû le voir venir. Et moi aussi je suis en colère et à personne, je ne peux le dire. Le courant a sauté. Chaque fois que je vois le visage du Christ, mon doux Jésus, c’est parce que les éclairs, violets, d’un coup l’illuminent, et je n’y peux rien, ça m’en secoue l’échine. Les rêves sont les souvenirs d’une autre vie, n’est-ce pas? Je ferme les yeux, encore plus fort et je les vois en bas, tout petits: je vise. Je secoue la tête. Il ne faut pas penser à ce genre de bêtises. Les murs tremblent, cette fois, l’éclair est tombé directement sur la colline.
Je me lève. Il est immense ce Christ, et je demande à Son Père un signe. J’ouvre le livre dans lequel, sans que je ne le remarque, mes ongles sont plantés. Je respire, et au hasard, je lis:
“Toutes les nations sont devant lui comme un rien,
Elles ne sont pour lui que néant et vanité.” ¹
Grand silence, tout à coup. Et je sais que ça ne durera pas mais je reprends mes esprits. L’orage n’est pas si proche finalement, mais on l’entend gronder et de loin, ce bruit familier: un tonnerre vieux de cent ans qui s’approche. —
¹ : Ésaïe 40:17
Aussi : Voir La mission, un chef d’œuvre de 1986 avec Jeremy Irons et Robert De Niro.
Et lire : Tu sais bien que ce sera moi, Journal (Tome IV), Julien Green.
♡
Tu sais bien que ce sera moi
“Si j’avais été seul au monde, Dieu y aurait fait descendre son fils unique afin qu’il fût crucifié et qu’il me sauvât. Voilà me dira-t-on, un étrange orgueil! Je ne le crois pas: cette idée a dû traverser plus d’une tête chrétienne. (…)”
“Si j’avais été seul au monde, Dieu y aurait fait descendre son fils unique afin qu’il fût crucifié et qu’il me sauvât. Voilà me dira-t-on, un étrange orgueil! Je ne le crois pas: cette idée a dû traverser plus d’une tête chrétienne. Mais qui donc l’aurait jugé, condamné, battu et mis en croix? N’en doutez pas une seconde : c’est moi. J’aurai tout fait. Chacun de nous peut dire cela, tous tant que nous sommes et de tous les coins du monde. S’il faut un juif pour lui cracher au visage, me voilà! Un fonctionnaire Romain pour l’interroger, un soldat pour le tourner en dérision, un bourreau pour le fixer avec des clous sur le bois afin qu’il y reste jusqu’à la fin des temps, ce sera encore moi, je saurai faire tout ce qu’il faudra. Un disciple pour le trahir? Ne cherchez pas: je suis là! Un disciple pour l’aimer? Voilà le plus douloureux de toute cette histoire, le plus mystérieux aussi, car enfin Tu sais bien que ce sera moi.” ¹
¹ : Journal (tome IV), Julien Green.
The sign
I survived. There must be something I need to do in return. You understand, I cannot sleep anymore. I cannot look at the sky in awe, and wish, and wait (…)
It’s like a shadow over me.
It rains on me.
Acid rain,
Guilt in its very essence.
I survived.
There must be something I need to do in return.
You understand, I cannot sleep anymore.
I cannot look at the sky in awe,
And wish,
And wait
For a grand sign.
I’m alive.
I am the sign. —
Imperfect
I can read them, again and again, a thousand times on hand, they won’t get any better or any worse. They are what they are (…)
Inspired by a phrase from Brianna Wiest, in her book: The Pivot Year
I can read them
Again and again,
A thousand times on hand,
They won’t get any better
Or any worse.
They are what they are,
Poems,
Or better said:
I was born with these chains.
So I either touch the paper
And keep the thread,
Accept that who I was is who I am,
Or I bleach it all,
Kill everything,
Make art as pure as souless
And be liked, at best.
I don’t recognise my voice
When I believe they stare,
I can’t give anything
If I still think: “I want to help”.
Be foolish, and expose myself?
And hope that this nauseating fear
Will let me breathe
Now and then?
Or wait.
Re-read, erase.
Do it all again.
Serve coffee, be safe
Until I leave this mortal shell.
I thought that
How bad I wanted this
Was useless to mention
So be brave,
Feel it:
There was a purpose to this imperfection. —
La mémoire de l’eau
Le jour de l’événement (i.e. du trauma), c’est comme si une partie de l’âme s’échappait du corps. Celle qu’il faut garder intacte. Celle qui sourit encore sur les photos d’enfance. L’événement peut prendre toutes les formes du monde: un accident, le coup de téléphone fatidique (…)
Le jour de l’événement (i.e. du trauma), c’est comme si une partie de l’âme s’échappait du corps. Celle qu’il faut garder intacte. Celle qui sourit encore sur les photos d’enfance. L’événement peut prendre toutes les formes du monde: un accident, le coup de téléphone fatidique, un voyage aller simple, le déracinement de ses origines, une agression sur le parking, un silence gardé trop longtemps... C’est comme un coup de poing sur la table. Toutes les pièces du puzzle volent. Rien n’est perdu mais tout se transforme. Pour la partie qui s’est échappée, c’est comme si le temps s’était arrêté. De là-haut, suspendue, elle regarde. Elle n’a plus rien à craindre et elle essaie de comprendre: que s’est-il passé? Dans cette histoire, on l’appellera l’Innocence. Ce qu’elle ignore, c’est qu’au moment où elle s’est détachée, elle a laissé un vide quelque part dans le corps.
Pour la partie qui est restée les deux pieds cloués au sol, le temps s’est arrêté aussi, mais juste une seconde. Puis tout est revenu d’un coup.
Et la douleur, l’émotion, les tripes retournées, l’impossibilité de la chose, tout à la fois ingérables, sont partis se réfugier là où l’Innocence avait laissé ce trou béant en partant.
La petite porte s’est refermée, les larmes ont coulé mais ça, c’était gérable.
Si on prend un verre d’eau et qu’on lui parle gentiment, avec amour, comme à un enfant, ses molécules vont s’arranger d’une manière saine et organisée. Littéralement: sa structure moléculaire change. En revanche, si tous les jours, on lui répète à quel point elle est incapable, que c’est juste une eau idiote, qu’elle ne sait rien faire, là, dans son coin, sa structure moléculaire change aussi: elle devint altérée, chaotique. On en a donc conclut que l’eau a une mémoire. ¹
C’est le matin, en attendant que le café soit prêt que je pense à ça, devant la fenêtre. Les plantes poussent, elles ont donné de nouvelles feuilles, j’ai écrit un poème hier soir. Et l’eau a une mémoire. Si c’est vrai, c’est à elle qu’il faut que je parle. Pour que quelqu’un continue à se souvenir de toi quand je ne serai plus là.
Alors j’ai mis mes bottes en caoutchouc et je suis partie voir la mer. Ce que j’ai dit et combien de temps je suis restée sous la pluie ce jour-là, c’est entre elle et moi. Mais en partant, j’ai laissé une fleur. Je ne l’ai pas jetée, j’ai simplement mis la main dans l’eau et la vague l’a emportée. Sur le chemin du retour, le bruit des vagues s’amenuisant derrière moi, j’ai respiré longuement. Puis, fourrant les mains dans mes poches, j’ai levé les yeux vers le ciel et j’ai dit à mon âme Innocente: la voie est libre maintenant. Tu peux revenir à la maison. —
¹ : Gentil rappel : Le corps humain est composé à 70% d’eau…
The sound of life
I’ve walked alone
Far
And far
Down many roads.
Until I found a place
Where I could long
For silence.
Little did I know
That silence wasn’t there.
Wherever I went
It never came.
But I did hear
The sound of life
Roaming the field
Like a newborn
Breathe
At last.
I have so much left to cry
I have so much left to cry. Did it occur to you? That perhaps behind those many smiles lies a silence that won’t die. (…)
I have so much left to cry.
Did it occur to you?
That perhaps behind those many smiles
Lies a silence
That won’t die.
I have so much left behind.
All of those days
Of joyful trust
And of those dreams
Barely untouched…
I never came to realise
That I had so much left to cry
Before I’m ready
To hold one’s gaze,
Before the sun
Can rise again.
I have so much left to fear,
And question,
And pray for.
So much to be seen
And cared
And fought for.
And as I know,
This day will come:
Inevitable rise,
From the depths
Of a black-ink storm,
I shall soon get up
And fill the sky
With bursts of laughter
And merry light
But I have so much left to learn
That I don’t know
Which one will first
From my mistakes
Or deepest hurts
Teach me the greatest way
To grow.
I feel them roll and roll,
Like long time dreams
Buried in snow
Down by my cheeks,
Gently, they roll.
So I stop by the window
And sit.
The winter cold
Blushing my cheeks
Gives me a little time.
To rest
And think.
I can see clearly now
From a bird’s eye view...
All the days I have denied
Fighting with fierce for what was mine
I never seemed to understand
That overwhelmed and somewhat tried
I still had so much left to cry. —
How strange
How strange
To come back to a place
Where your roots grew
But never set,
Where your soul lies
But never rests.
How strange
To come back to a place
Where no one can
Call you by name,
Where people laugh
But never change.
How strange
To come back to a place
Where you belong
But never stayed.
Is it my place ?
I cannot say.
From memories,
One sings
And laughs, and hurts
Sometimes
But to come back...
To come back
Is to open your favourite book
Where its pages were torn. —
I have longed to move away
I have longed to move away, from the hissing of the spent lie and the old terrors' continual cry, growing more terrible as the day, goes over the hill into the deep sea (…)
I have longed to move away
From the hissing of the spent lie
And the old terrors' continual cry
Growing more terrible as the day
Goes over the hill into the deep sea;
I have longed to move away
From the repetition of salutes,
For there are ghosts in the air
And ghostly echoes on paper,
And the thunder of calls and notes.
I have longed to move away but am afraid;
Some life, yet unspent, might explode
Out of the old lie burning on the ground,
And, crackling into the air, leave me half-blind.
Neither by night's ancient fear,
The parting of hat from hair,
Pursed lips at the receiver,
Shall I fall to death's feather.
By these I would not care to die,
Half convention and half lie.
— Dylan Thomas, 25 Poems, 1936.
“It does come. But it comes
only to the patient,
who are there as though eternity lay before them,
so unconcernedly still and wide.
I learn it daily, learn it with pain
to which I am grateful:
patience is everything!”
