“Être artiste veut dire ne pas calculer,
ne pas compter, mûrir tel un arbre
qui ne presse pas sa sève,
et qui, confiant, se dresse
dans les tempêtes printanières
sans craindre que l'été puisse ne pas venir.”
— Rainer Maria Rilke
Ce dont les femmes parlent entre elles
Je me souviens. C’est le livre qui a tout déclenché. La paranoïa, la fuite, le fait de errer d’un bout à l’autre de la ville… C’était le livre. (…) Je m’étais dit que ça ne ferait pas de mal de le feuilleter. J’avais tort. (…)
L’errance des grands jours
C’est ma faute. J’avais établi, il y a longtemps, que quand les choses tourneraient mal, je me couperai simplement du reste du monde. Petite, tu te rappelles? J’appelais ça l’extinction. (…) Mais j’ai peur. Je crois que je suis restée bloquée, Lidy. Je n’arrive plus à en sortir. (…)
Cinq ans plus tôt
Tu penses qu’il le voit? Que sur scène il n’y a qu’une présence? Qu’il n’y a plus personne déjà pour habiter ce corps? Un fantôme, en substance. Eva, recommence. Les étoiles, ces sirènes, ont appelé cette nuit-là. Et j’ai failli leur répondre: Je suis là. —
“Or il viendra, [l’été]
mais il ne vient que pour ceux qui sont patients,
qui vivent comme s’ils avaient l’éternité devant eux,
si sereinement tranquille et vaste.
C’est ce que j’apprends tous les jours,
je l’apprends à travers des souffrances
auxquelles je suis reconnaissant:
tout est en l’occurrence affaire de patience.”

