Personne ne veut parler de la guerre
Le vent était en train de tourner. C’était mon père qui m’avait appris à faire ça : à lire les ciels de montagne en été. Je le fais toujours, par habitude et parfois, les gens se demandent pourquoi je m’arrête d’un coup et ne dis rien. Je regarde intensément le ciel (…)
Un an plus tard
À l’instant, belle. Sereine. Il y a une heure je sortais du métro et, en sueur, je pensais au mot « submergée ». Je trouve ça dur de ne pas se laisser aller. Ce soir, j’ai menti à tout le monde. (...)
Violence matinale
Je suis trop lâche. T’es rien qu’une lâche, j’entends dire dans ma tête. Une petite chose mort-née, cachée, toute petite, recroquevillée à l’intérieur. Je ris en parlant de choses qui ne m’intéressent pas (…)
Le ballon bleu (l’histoire)
C’est dur d’être tout petit parce que les gens sont méchants. “Tu vois, fiston, disait un père à son fils l’autre jour, alors qu’on attendait tous les trois l’ascenseur. Travaille dur à l’école, sinon, tu finiras comme elle.” Oscar Wilde disait (…)
“Historias del gas”
Ce matin, comme j’ai commencé sur les toits, je n’avais pas de quoi écrire, et ça me démangeait drôlement. Alors j’ai commencé à sonner aux portes, et en une heure à peine, j’avais déjà récolté un beau butin. (…)
La chica del gas
Barcelone n’est pas comme je l’avais imaginée. Bondée, bruyante et sans trêve. Quoi qu’il arrive, jamais une trêve. En sortant le matin à l’heure de pointe, on a l’impression d’avoir été englouti par la bête. (…)
L’après
Les étoiles naissent de l’effondrement. Il faudra se souvenir de cette phrase. Elle nous servira plus tard. Alors ça arrive. Un jour, comme ça. Soit par choix, soit parce que la vie en a décidé ainsi. Soudain, tout ce qu’on a toujours connu jusque-là disparaît/a disparu, la limite est floue, et (…)
La mémoire de l’eau
Le jour de l’événement (i.e. du trauma), c’est comme si une partie de l’âme s’échappait du corps. Celle qu’il faut garder intacte. Celle qui sourit encore sur les photos d’enfance. L’événement peut prendre toutes les formes du monde: un accident, le coup de téléphone fatidique (…)
29 Langthorne Street
Assise à l’aéroport, j’avais décidé que des Eva, il n’y en aurait plus. Toutes les versions de moi qui avaient existé, elles avaient été volées, brisées ou corrompues. Alors je cherchais une nouvelle identité. J’avais du temps devant moi et comme je n’existais plus, ça me paraissait le moment idéal. (…)
Le lendemain
L’horreur de l’acte, c’est que j’avais tout préparé à l’avance. Le sac à dos, les indispensables, le passeport. Quelques jours plus tard, on m’attendrait à l’aéroport. À ce moment-là, je n’avais vu que deux solutions possibles: la fuite ou la mort et j’avais choisi les deux. J’étais partie en la tuant elle, Eva (…)
Ce dont les femmes parlent entre elles
Je me souviens. C’est le livre qui a tout déclenché. La paranoïa, la fuite, le fait de errer d’un bout à l’autre de la ville… C’était le livre. (…) Je m’étais dit que ça ne ferait pas de mal de le feuilleter. J’avais tort. (…)
L’errance des grands jours
C’est ma faute. J’avais établi, il y a longtemps, que quand les choses tourneraient mal, je me couperai simplement du reste du monde. Petite, tu te rappelles? J’appelais ça l’extinction. (…) Mais j’ai peur. Je crois que je suis restée bloquée, Lidy. Je n’arrive plus à en sortir. (…)
Cinq ans plus tôt
Tu penses qu’il le voit? Que sur scène il n’y a qu’une présence? Qu’il n’y a plus personne déjà pour habiter ce corps? Un fantôme, en substance. Eva, recommence. Les étoiles, ces sirènes, ont appelé cette nuit-là. Et j’ai failli leur répondre: Je suis là. —
“SI VOUS VOULEZ ÉCRIRE,
si vous voulez créer, vous devez
devenir le fou le plus sublime
que Dieu ait jamais envoyé divaguer.
Vous devez écrire
chaque jour
de votre vie.
Vous devez lire des livres terribles
et aberrants et des livres glorieux,
et les laisser se livrer
à des combats magnifiques
à l’intérieur de votre tête. (…)
Je vous souhaite
une lutte avec votre Muse
qui durera une vie entière. (...)
Ce qui signifie, finalement:
puissiez-vous
tomber amoureux
tous les jours
pendant les 20 000
prochains jours.
Et à partir de cet amour,
refaire le monde.
— Ray Bradbury

