“Being an artist means,
not reckoning and counting, but ripening
like the tree
which does not force its sap
and stands confident
in the storms of spring, without the fear
that after them may come no summer.”
— Rainer Maria Rilke
Jour 1
Levée à 8h. J’ai 10€ par semaine jusqu’à la fin du mois pour acheter de l’eau, du pain et du papier toilette. Mon stylo plume n’a plus d’encre. Et pourtant, rien n’arrive à me faire paniquer cette fois. Ce matin, la seule chose qui me préoccupait était de comprendre ce qui pourrait encore m’empêcher de me mettre au travail.
La cour des miracles
“Va, va, ‘faut pas qu’y te voient parler avec moi! Va!” Le turc est assis sur la rambarde, il finit une cigarette en me poussant gentiment du pied. Il n’y a personne dans le parc (…)
œdipe, non
Si petite et si amoureuse, déjà. Mais ce n’était pas vraiment lui, n’est-ce pas? Ni tous les autres après. C’était un autre que j’aimais. L’homme qui m’a appris à surmonter, une à une, toutes mes peurs. Celui que j’ai le plus chéri, le plus attendu, le plus pardonné. Le héros de tous mes récits. (…)
Personne ne veut parler de la guerre
Le vent était en train de tourner. C’était mon père qui m’avait appris à faire ça : à lire les ciels de montagne en été. Je le fais toujours, par habitude et parfois, les gens se demandent pourquoi je m’arrête d’un coup et ne dis rien. Je regarde intensément le ciel (…)
La mémoire de l’eau
Le jour de l’événement (i.e. du trauma), c’est comme si une partie de l’âme s’échappait du corps. Celle qu’il faut garder intacte. Celle qui sourit encore sur les photos d’enfance. L’événement peut prendre toutes les formes du monde: un accident, le coup de téléphone fatidique (…)
29 Langthorne Street
Assise à l’aéroport, j’avais décidé que des Eva, il n’y en aurait plus. Toutes les versions de moi qui avaient existé, elles avaient été volées, brisées ou corrompues. Alors je cherchais une nouvelle identité. J’avais du temps devant moi et comme je n’existais plus, ça me paraissait le moment idéal. (…)
Le lendemain
L’horreur de l’acte, c’est que j’avais tout préparé à l’avance. Le sac à dos, les indispensables, le passeport. Quelques jours plus tard, on m’attendrait à l’aéroport. À ce moment-là, je n’avais vu que deux solutions possibles: la fuite ou la mort et j’avais choisi les deux. J’étais partie en la tuant elle, Eva (…)
Ce dont les femmes parlent entre elles
Je me souviens. C’est le livre qui a tout déclenché. La paranoïa, la fuite, le fait de errer d’un bout à l’autre de la ville… C’était le livre. (…) Je m’étais dit que ça ne ferait pas de mal de le feuilleter. J’avais tort. (…)
L’errance des grands jours
C’est ma faute. J’avais établi, il y a longtemps, que quand les choses tourneraient mal, je me couperai simplement du reste du monde. Petite, tu te rappelles? J’appelais ça l’extinction. (…) Mais j’ai peur. Je crois que je suis restée bloquée, Lidy. Je n’arrive plus à en sortir. (…)
Cinq ans plus tôt
Tu penses qu’il le voit? Que sur scène il n’y a qu’une présence? Qu’il n’y a plus personne déjà pour habiter ce corps? Un fantôme, en substance. Eva, recommence. Les étoiles, ces sirènes, ont appelé cette nuit-là. Et j’ai failli leur répondre: Je suis là. —
“It does come. But it comes
only to the patient,
who are there as though eternity lay before them,
so unconcernedly still and wide.
I learn it daily, learn it with pain
to which I am grateful:
patience is everything!”
