Nouveau départ
Je suis au musée. Après avoir passé toute la matinée à étudier les méthodes des grands maîtres (je sais que tu te moquerais de moi si tu savais ça…) j’ai finalement décidé de venir ici. Notre lieu sûr. Ici, pas de dispute. Toi, tu lis et moi, je dessine… Mais la grande voûte qui s’étire au-dessus de ma tête semble bien vide cette fois.
Voilà la dure vérité à laquelle j’ai dû faire face ce matin, si on considère que tout ce qui vaut pour l’écriture peut s’appliquer à la vie:
I. Les personnages existaient avant l’histoire.
Chacun avec son passé, ses erreurs de jugement, ses contradictions, et ses peurs.
II. Laisse le monde continuer sans tes personnages.
Avant que notre histoire commence, tu avais une vie, une vocation, une famille. Et moi j’avais des rêves, des amours, des peurs. Puis le chapitre s’est ouvert sur nous et je t’ai brisé le cœur, par prévention, avant que tu n’effleures le mien. Tu es resté. Mais, je t’ai brisé, encore et encore.
Maintenant, le personnage qui va quitter la scène, c’est moi. Et ton monde continuera de fonctionner. Et quelle douleur cette simple idée me provoque. J’en ai les tripes retournées. Mais c’est là la dernière leçon, avant même de pouvoir commencer à écrire, la plus importante si l’on veut que l’histoire existe:
Le moi doit s’effacer.
***
III. Il n’y a pas de personnages secondaires.
Toute ma vie, je n’ai fait que ça. Traiter les autres comme s’ils n’étaient que les faire-valoir du personnage principal, comme s’ils n’étaient là que dans le but de faire avancer mon histoire.
Gagner, gagner, gagner… Je n’ai voulu que remporter la victoire. Concours de beauté, concours de force, concours à l’affection de mon père, à la popularité…
J’ai voulu être la protagoniste de toutes les histoires. Attraper tous les micros, être sur toutes les lèvres.
Mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fait?
Tu penses qu’il y a une manière, sinon de revenir en arrière, de faire table rase tout ça?
Je n’existe plus. Ni en ligne (je ne publierai plus rien de ce que je fais), ni dans ta vie, ni dans mon pays, ni chez mes parents.
Je n’existe qu’entre les quatre murs de l’appartement où on me laisse vivre pour le moment.
…Non, c’est une erreur.
Je n’existe que sur cette page. Avec un peu de chance et beaucoup de temps, peut-être que le métier d’écrivain m’apprendra à élargir cet espace.
En attendant, le travail m’attend. —

